Allocutions d'accueil


Philippe ACKERMANN
Psychologue Centre hospitalier Mulhouse, président de l'APOHR
 

Philippe ACKERMANN
Nous sommes heureux de vous accueillir à cette journée de psycho oncologie qui nous permet depuis 14 années maintenant de nous retrouver pour réfléchir ensemble, partager nos expériences professionnelles et nos questions. L’organisation de cette journée représente un gros travail mais nous en sommes récompensés en vous voyant si nombreux. Nous sommes, en comptant les différents partenaires associatifs et autres que vous retrouverez tout à l’heure 330 aujourd’hui et c’est un chiffre qui est plus ou moins le même chaque année. Donc merci de votre présence.

Si cette journée demande du travail pour la préparer de façon à vous recevoir au mieux , elle apporte aussi beaucoup à notre groupe dans la mesure ou elle se construit ensemble et qu’elle bénéficie de l’apport des uns et des autres au fil des rencontres qui émaillent les mois de préparation . Et cela m’évoque une question que l’on entend souvent, question posée par des personnes à l’extérieur du champ de la santé ou même par des collègues d’autres services, comment est il possible de travailler en cancérologie ? Les réponses sont bien sur personnelles mais je suis sur, et c’est un moteur, que ce qui permet de « tenir » c’est aussi justement ce travail commun, construire et penser ensemble, pour nourrir, alors je ne sais pas si je peux le dire mais je le dis quand même, son « expérience intime ».. 

Vous voyez que l’on retrouve là une partie de l’intitulé de notre journée, intitulé qu’il faut expliquer. Nous nous efforçons toujours , dans le choix du sujet, de tirer un fil, de faire le lien avec la journée précédente. Celle ci traitait, l’an dernier, de questions éthique et nous avons vu, dans les ateliers de l’après midi combien ces questions touchaient chacun, combien il était aussi parfois difficile de se décentrer, de ne pas se laisser emporter par ses émotions, son expérience à soi, par l’appréciation toute personnelle d’une situation. Nous avons bien vu que nous réagissons toujours, au moins dans un premier temps et parfois de façon véhémente, à partir de ce qui nous constitue intimement, notre histoire, nos valeurs, les différentes représentations que nous nous faisons de notre rôle, de la maladie. 

L’idée d’essayer d’approcher cet espace là, celui de l’expérience intime, celui de nos affects, de nos pensées, de notre discours intérieur est venue rapidement. C’est quelque chose dont nous ne parlons pas facilement dans l’exercice de nos professions et pourtant c’est tout ce vécu intime qui colore, toujours de façon singulière, notre façon de travailler, de soigner , d’écouter, d’accompagner. 
Travailler dans ce champ de l’oncologie, avec la maladie grave, vous le savez, n’est pas sans conséquence sur le plan psychique et l’une des ambitions de la journée est d’aborder cette question autant coté soignant que coté patient. . 

Je vous ai amené là, c’est un clin d’œil, un gros caillou avec des aspérités et un galet tout poli. 
Vous savez que c’est l’érosion, les frottements l’un contre l’autre qui vont finir par transformer le gros caillou en galet. C’est une image pour dire que la confrontation avec le cancer, les multiples rencontres, le travail en équipe, la formation tout ce que chacun d’entre nous mettons en place « pour tenir le coup » font aussi sur le plan psychique leur travail d’érosion pour laisser apparaître quoi ? Hé bien j’espère que nous en discuterons…

Le cancer, comme nous l’indiquions dans l’argument, fait aussi, pour ceux qui en sont atteints, intrusion, effraction par bien des aspects, dans cette dimension de l’intime. Et dans le parcours de la maladie, les soignants deviennent témoins de l’intimité, de la sphère privée de la personne malade et de son entourage. Ils sont aussi, même dans l’acte de soin technique, mis en position d’écouter ce bouleversement intérieur que provoque la maladie. Qui n’a pas été interpellé, parfois sommé de répondre, mis en demeure d’entrer dans un échange ou souvent les repères bien établis du soignant vacillent en ne laissant pas toujours intact ? … 

Vous verrez que dans l’atelier de l’après midi, atelier qui se fera en grand groupe, (ce qui est une sorte de paradoxe puisque il s’agira parler de l’expérience intime dans un groupe qui n’est pas intime du tout), nous essaierons de reprendre ces questions à partir d’un travail mené par un groupe patients/ soignants qui s’est réunie plusieurs fois ces dernières semaines. Nous avons je crois tous, pris beaucoup d’intérêt à ces échanges et aussi du plaisir à nous retrouver.
Alors comme je suis maintenant aux remerciements c’est par tous les participants à ce groupe que je veux commencer pour leur dire merci de leur investissement, de ces discussions enrichissantes que nous partagerons tout à l’heure.
Je veux aussi remercier l’université qui nous reçoit, le Centre Hospitalier de Mulhouse et les Hôpitaux Civils de Colmar qui soutiennent notre action depuis le début, le Comité du Haut Rhin de la Ligue contre le Cancer qui chaque année financent un certain nombre d’inscriptions à la journée et au Diplôme Universitaire de psycho oncologie, les représentants des laboratoires pharmaceutiques, Mr Martin, je pourrai presque dire « notre » libraire qui nous fait l ‘amitié d’être là chaque année et qui se fait un point d’honneur de proposer un stand toujours trés bien documenté et dont vous pourrez profiter tout à l’heure. . 
Et puis bien sur aussi, merci à mes amis de l’APOHR. Rien ne pourrait se faire sans vous.