• Parent malade : l'enfant et la vérité

    Quand père ou mère sont touchés par un cancer, faut-il le dire à l'enfant ?

    C'est l'une des questions abordées par l'oncopsychologie.

     

     


    Un patient sous une tente à flux laminaire, qui lui permet de rester dans une atmosphère stérile.


    « NOUS avons été parmi les premiers à avoir une équipe de psychiatres et de psychologues, une équipe d'oncopsychologues, pour prendre en charge les malades et leurs familles ». Les docteurs Nicole Landry-Dattée, psychanalyste, et Marie-France Delaigue-Cosset, médecin anesthésiste réanimateur, travaillent en tandem à l'hôpital de Villejuif à Paris, le plus grand centre anticancéreux de France. « Il y a vingt ans, on soignait la maladie, un point c'est tout. C'était l'époque du grand pouvoir médical. Aujourd'hui, on cherche à aider les familles ». Plus précisément, les deux médecins animent au sein de l'établissement des groupes de parole pour les enfants dont un parent est atteint de cancer.

    L'effet de groupe est rassurant pour les familles

    « Quand je suis arrivée, il y avait parfois des situations de détresse incroyables, se souvient la psychiatre qui avait travaillé avec des enfants avant d'arriver à Villejuif. On m'annonçait que Mme X était décédée, laissant quatre enfants qui ne savaient rien de son cancer. Je rencontrais des patientes qui ne voulaient pas annoncer leur maladie à leur enfant ». Bref, elle rencontrait au quotidien des enfants souffrant des silences ou des mensonges, et des parents angoissés au sujet de leurs enfants. Après une réflexion sur la manière de lancer le dialogue, elle-même et son équipe font réaliser en 1992 un film intitulé Il faut parler… savoir, à partir de tout ce que les enfants ont pu dire ou demander en consultation individuelle. Marie-France Delaigue-Cosset rejoint l'équipe d'oncopsychologie qui crée en 1994 des groupes de parole destinés aux enfants. « Nous les réunissons en groupe d'information en présence des parents, en mélangeant tous les âges, de 1 an à 20 ans. D'abord, nous leur projetons le film. Après, la discussion se lance ». Ce mélange des âges permet d'avoir des points de vue exprimés de manières très différentes, les plus jeunes n'hésitant pas à exprimer leurs sentiments, ce qui encourage leurs aînés à faire de même. « Les enfants réalisent qu'ils ne sont pas seuls à se poser des questions, l'effet de groupe est rassurant pour les familles », constatent les médecins.


    La vérité est le ciment de la confiance

     

    À la question « faut-il dire la vérité aux enfants ? » elles répondent oui, sans hésiter. Et elles expliquent : « Ne rien dire pour les épargner est un leurre. L'enfant ne comprend pas l'angoisse du parent, son changement physique. En fait, il voit et il sait — tous les enfants que nous avons reçus savaient ! » Pour le médecin, le mensonge fait que l'on se retrouve devant un mur si la mort du parent survient, il fait que l'enfant se sent impuissant alors même qu'il aspire à comprendre, aider, participer. « Si on lui ment, il pense qu'on ne lui fait pas confiance, alors qu'un enfant, ça se construit sur la confiance. Il n'aura plus confiance en ses parents, en lui-même, en la vie ». Elles rapportent ce que leur a dit un gamin, à qui un soignant avait annoncé avec quelque brutalité qu'un de ses parents était condamné : « On veut la vérité, mais avec des mots gentils ». « Oui, disent-elles, il faut appeler un chat un chat, dire la vérité, ne pas dire ''il va partir''. Cela nécessite du temps et des étapes ». Les deux femmes comparent l'enfant à qui l'on cache la vérité au gamin que sa mère laisse à la crèche en partant quand il a le dos tourné, pour ne pas le voir pleurer : la confiance ne s'instaure pas, alors que si elle le quitte en lui assurant qu'elle reviendra le chercher, l'enfant bâtira une relation de confiance. « La vérité est le ciment de la confiance », assure Nicole Landry-Dattée. Est-ce que leur travail n'est pas éprouvant ? « Au contraire, c'est enthousiasmant », dit l'une. Quand on laisse parler les enfants, les parents découvrent leur richesse ». « On est dans le douloureux mais on est aussi dans l'essentiel, répond l'autre. Quand le corps se défait, l'essentiel se montre. On est loin de la société du paraître, l'échelle de valeurs est différente. C'est une chance d'être au coeur du vrai ».

    LIRE « Hôpital silence — Parents malades- l'enfant et la vérité », de Nicole Landry-Dattée et Marie-France Delaigue-Cosset, paru en février 2001 chez Calmann-Lévy. 165 pages, 85 F.

    Un patient sous une tente à flux laminaire, qui lui permet de rester dans une atmosphère stérile.

    Jean-Marc Loos

    Susanne Mayer

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    Commentaire par le 25 juin 2013 à 16h51

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