Introduction


Gustave Nicolas FISCHER

Président de séance
Psychologue de la santé
Professeur honoraire de l’Université de Metz, professeur invité à l’Université de Montréal 

 
Gustave Nicolas FISCHER
 
Tout d’abord, merci beaucoup cher Philippe ACKERMANN. Je tiens effectivement à dire à quel point j’ai été sensible à cette belle démarche qui est la vôtre dans le cadre de ces colloques que vous organisez depuis quelques années et qui appréhendent, avec les différents partenaires, interlocuteurs, des dimensions centrales de la vie du malade. Je tiens effectivement à dire à quel point cela m’a touché personnellement. 
 
Je vous salue tous et vous souhaite la bienvenue pour la démarche de cette journée en pensant tout particulièrement à la présence parmi nous de malades ou anciens malades. C’est aussi un élément de votre façon de vivre ensemble l’expérience de la maladie. 
 
Un tout petit mot avant de nous organiser. Lorsque j’ai vu le programme de cette journée qui m’a été envoyé, je me suis souvenu d’une petite expérience qui m’avait beaucoup marqué, voici quelques années. Je me trouvais à l’université du Minnesota, aux Etats-Unis. Les collègues qui m’ont accompagné m’ont fait visiter les locaux de l’université, notamment un des locaux. Nous nous trouvons devant un local, une pièce, complètement en verre et fermée. Sur l’espace, l’une des parois vitrées, il était marqué « space of peace », espace de la paix. Je n’ai jamais vu cela dans une université française. Je me suis donc demandé, avec curiosité, « qu’est-ce que cela ? ». 
 
Mon interlocuteur m’a expliqué et informé qu’on a voulu créer, dans cette université, un espace pour les étudiants où, d’une certaine façon, il ne se passe rien, pas de cours. C’est seulement là qu’ils peuvent se retrouver. Il ajoute, puisque nous avons des étudiants de 48 nationalités qui sont là, « c’est pour qu’ils puissent prendre soin les uns des autres ». Je me suis dit « mon Dieu, voilà une dimension qui nous est chère aujourd’hui » et qui s’est manifestée là, dans cette situation particulière, sous un angle qui m’avait paru être très central du point de vue de l’éthique. 
 
Il  y avait en plus, sur la porte, une inscription d’un auteur américain, John DOS PASSOS, que je vous cite car elle m’avait beaucoup frappé et parce qu’elle va dans le sens de l’ouverture de cette journée. C’était un extrait d’un de ses ouvrages qui disait « our only hope will lie in the frail web of understanding of one person for the pain of an other » qui signifie « notre seul espoir est la fragile toile de la compréhension qu’une personne peut manifester à la souffrance, à la peine de l’autre ».  
 
Je me suis dit que c’est la réflexion et le regard que je porte personnellement sur cette journée, à savoir qu’une éthique des soins s’inscrit fondamentalement sur une éthique de la relation à l’autre. Dans cette relation à l’autre, c’est bien évidemment l’autre dans sa fragilité, dans sa détresse, sa souffrance, dans ce qu’il a de plus démuni face à sa propre vie. 
 
En abordant la question de l’éthique, on dit quelque chose de fondamental sur une exigence humaine qui est la nôtre. C’est notre capacité à être humain, à rester humain, à devenir humain en tant que soignant. De ce fait, on est confronté à ce que KIERKEGAARD disait en allemand : « der Helfer ist die Hilfe». C’est celui qui aide, l’aidant, qui est la véritable aide. Je traduirais cela pour nous : c’est le soignant qui est le soin. Du point de vue de l’éthique, cela a quelque chose à dire.
 
Dernière remarque, un ouvrage de David SERVAN SCHREIBER vient de sortir. Il compile les différents textes qu’il a publiés de part et d’autre dans sa vie. Le titre du livre est « Notre corps aime la vérité ». Un chapitre porte justement sur la question du soin. Il parle d’un entretien qu’il a avec un cancéreux. Il termine sa démarche, sa réflexion, en disant : « le soignant, en soignant les autres, se soigne aussi lui-même ». L’éthique des soins porte aussi et toujours sur notre propre capacité à vivre la relation mais aussi à nous humaniser. 
 
Ceci était mon petit regard personnel par rapport à ce que nous allons faire aujourd’hui. 
 
Je vais sans tarder donner la parole à Jean-Philippe PIERRON. Jean-Philippe est universitaire, philosophe. Il enseigne actuellement à l’Université Jean-Moulin de Lyon 3. Il est doyen de cette faculté de philosophie à laquelle il appartient. Son focus de recherche tourne essentiellement sur la philosophie morale puisqu’il appartient à une équipe de recherche santé, individu et société. Son travail va nous éclairer par rapport à l’éthique des soins. Je signale deux de ses ouvrages qui peuvent vous intéresser, l’un qui porte sur les puissances de l’imagination, sur la fonction éthique de l’imagination où il aborde la relation entre éthique et imagination pour se centrer sur la question qu’est-ce que la créativité morale. Un autre de ses ouvrages qui nous intéresse a pour titre « Vulnérabilité pour une philosophie du soin ». Il va nous parler aujourd’hui du lieu de l’éthique. Je lui passe sans tarder la parole.
 
Applaudissements.