Je sais maintenant !


Le médecin a été très clair : « six mois au plus… il ne finira pas l’année ». Six mois… si moi… moi, lui. Lui dire à lui ? Non Impossible. Pas moi… c’est pas juste, pas lui ! Peux pas ! Trop dur ! Trop mal ! Pourra pas supporter…. Lui dire ? Quoi ? Un peu ? Ne pas tout lui dire.
 
Je sais maintenant. « Six mois au plus », et maintenant ? Il m’attend. Retourner auprès de lui. Mais d’abord marcher, marcher encore … respirer. Six mois… Six. Lui parler ensuite, il attend, il m’attend. Mais pas tout de suite, pas maintenant! N’y arrive pas. Entrer dans sa chambre, ne rien montrer, lui cacher, être forte… le médecin a insisté là-dessus : « Il a besoin de vous, il faut être forte pour lui ! ». Pour lui ! Tenir. Se taire. Faire comme avant, faire comme... Continuer ? Faire semblant…  pour lui. « Il ne doit pas savoir, ça le tuerait ! » Et s’il demande ? Pourvu qu’il ne me regarde pas. Pourrai pas lui mentir. Tenir. Etre forte. Pour lui. « Il faut vous préparer » a dit  le médecin ! A quoi ? A l’impossible ? À l’impensable ? À la vie sans lui… à MA vie… sans lui… « Profitez, vous pourriez peut-être partir en vacances ensemble, retourner à …. ». Partir. Mais c’est lui qui va partir ! Et les enfants comment leur dire ? Peux pas. Pas la force. Pas moi. Non. Il m’attend… il sait que je sais maintenant.
 
Le médecin a tenu à me voir seule. « Votre mari a un cancer du poumon, très avancé ». Pas opérable… tache au cerveau… au foie aussi … les os aussi. Cancer généralisé. Peux pas lui dire…. Il m’attend… Il sait maintenant que le médecin m’a parlé. Il sait.
 
Je sais maintenant. Je sais à sa place. Je ne veux pas. Je ne vais pas lui dire. Il m’attend. Respirer. Respirer encore. Souffler maintenant. Ouvrir la porte… entrer dans sa chambre. Il est là. Il m’attend. Il me regarde droit dans les yeux : « Je vais mourir ! ».
 
Christine Ackermann