La rencontre patient-psychologue : une co-création

Viviane LE NAOUR


Que souffle le vent du large pour soulever le voile de chagrin des âmes en peine du peuple breton.
Que la déferlante emporte révoltes et colères,
Que des embruns naissent des pleurs.
Que la psychothérapie « largue » le poids des souffrances emprisonnées dans les filets des abîmes de l’âme.
Que les paroles du psychologue déchaînent le flot des larmes retenues,
Que ses mots apaisent les cœurs meurtris…
(C’est ainsi que j’ai démarré, il y a 14 ans mon activité au sein du réseau de Santé …)
 
 
2. Mon cheminement personnel de psychologue clinicienne dans l’accompagnement de patients en fin de vie
 
-         une Exploration de ce que devient la vie face à la maladie ;
-         une Approche thérapeutique qui ne se laisse pas enfermer dans une école de pensée : Laisser se déployer ce qui se présente
- Une Réflexion construite au cœur de ceux qui vivent dans l’incertain : Quels champs psychothérapeutiques sont convoqués dans cette clinique des soins continus ?
- Engagement du psychologue : Neutralité ;  Confiance ; Gratitude 
-         Partage Actif : ETRE AVEC
-         Ethique «  Être suffisamment présente  physiquement et psychiquement  pour que quelque chose se passe entre nous et suffisamment absente pour se faire oublier ensuite … »
 
3 : Reconnaissance du patient : Un pari éthique inséparable du soin
 
- Recherche des nœuds psychiques, blocages et résistances de la pensée
- En donnant une portée anthropologique à mon discours, je mobilise les ressources créatrices de la situation en m’appuyant sur un fonds culturel commun pour affronter les forces destructrices de « dé-liaison  » à l’œuvre.
 
« Par quelles médiations puis-je favoriser  le déploiement d’un imaginaire vivifiant,
 source d’inscription dans le réel pour investir malgré tout la vie ? »
 
V4. Juliette :
 
Juliette, la quarantaine est soignée pour un cancer hépatique. Elle est institutrice, a 4 enfants, le père des enfants est décédé il y a 10 ans, Juliette a un compagnon depuis 8 ans. Les chirurgiens  Brestois ont tenté d’opérer sans résultat, ils ont ouvert et refermé. La famille n’a pas pu se résigner et des soins à Paris sont engagés. Le coût financier fut important …
Juliette songe à se marier, mais inlassablement elle ressasse : « Je signe mon acte de mariage, mais je ne peux m’empêcher de penser que je signe aussi mon arrêt de mort… ».
La date est fixée au 29 septembre : la Saint-Michel est une grande fête en Bretagne. C’est l’époque où les paysans payaient leur fermage…Après avoir récolté les moissons, les fermiers avaient de l’argent, pour payer leur tribu aux propriétaires, c’est un signe de croissance, d’abondance et non de perte. Nous nous accrochons à toute cette symbolique pour associer de l’espoir à cette journée, qui finalement se déroula dans la sérénité, et même le bonheur osa me  susurrer Juliette.
V 5. Le voyage de noce : Un conte à guérir
 
Le voyage de noce prévu à Venise, fût reporté pour cause de chimiothérapie. Quelques mois plus tard, une petite pause dans les protocoles de soins permit au couple de rêver d’évasion, qui choisit une nouvelle destination, le Canada. Le tempérament anxieux de Juliette ne cessait d’appréhender de nouvelles complications, qui entraveraient ce projet, mais surtout, elle craignait d’être trop souffrante pour pouvoir profiter pleinement de cette bulle de bonheur.
Je propose à Juliette «  Un conte à guérir ». Nous allons profiter de toute l’énergie positive des sentiments d’amour associés à ce voyage de noce pour accomplir un travail psychique de guérison.
Je demandais à Juliette ce que le Canada représentait pour elle, Juliette y associait : Espace, blanc, pureté, liberté, grand air, respiration, les grands lacs et leur eau lipide et saine, évasion. 
Pour s’y préparer mentalement, nous mîmes au point un scénario : Au départ, lors de l’envol de l’avion, Juliette allait lâcher dans le ciel des petites bulles, à l’intérieur desquelles elle aura placé tout ce qui est issu de sa maladie.
Le temps de l’élévation est symbolique de lâcher ce qui sur terre nous enchaîne dans tout ce poids de la maladie que la patiente porte en elle. Le corps de Juliette va ainsi se retrouver « propre, net, lesté de toutes ces lésions cancéreuses  ». Après ce travail psychique de projection, « extraire  de son  corps le mal  », Juliette a pour mission d’opérer un travail psychique d’introjection « mettre à l’intérieur de soi, des bonnes choses » lors de son périple au Canada. Il s’agit de mettre mentalement à l’intérieur de soi, les bons éléments de ce blanc pays en mettant au travail tous ses sens: « Respirer, apporter cet air pur jusque dans ses poumons; Admirer les montagnes et emplir son corps de toute cette blancheur, qui renforce l’image d’un corps sain ; Ecouter le bruit murmurant de l’eau et l’écho des cascades pour continuer à purifier, à rincer son corps pour éliminer toute trace de maladie et Savourer les aliments sains pour fortifier son organisme. »
 
V 6 . Eros contre Thanatos
 
De retour, les consultations, scanner, IRM s’enchaînent non sans peur à Paris. Juliette a déjà eu 2 opérations. Cette fois, l’imagerie dévoile quatre nodules au  foie, dont il faut se préoccuper…
Juliette exprime une douleur morale pénétrante, lancinante et me demande du soutien,  elle a pu maintes fois préciser : « Les séances de psychothérapie sont aussi importantes pour moi que la chimiothérapie… »  Les peurs sont envahissantes et la nouvelle flambée de son syndrome général d'anxiété s'origine à partir de deux symptômes : très grande fatigue et amaigrissement
Juliette évoque son découragement et sa difficulté à se projeter dans l'avenir. Je lui propose de s'appuyer sur cette réflexion temporelle : " le passé est une histoire, l'avenir est un mystère, car incertain, le présent est un don, un cadeau, c'est pour cela qu'il s'appelle présent… ". Nous réaffirmons le temps présent, inscrit dans l'espoir de l'efficacité des traitements…
Est-ce que les forces d’unification d’Eros seront capables de contrebalancer les forces de dissolution de Thanatos ? Là est toute la question. C’est sur cette interrogation cruciale que Freud termine son Malaise dans la culture. Nous en sommes toujours là…On peut établir, l'axiome général de Freud : la réduction de tension est la loi fondamentale du fonctionnement nerveux.  Déjà à son époque, Freud reconnaissait que le facteur contrariant le plus puissant de tous et qui se trouve absolument hors de tout contrôle… est l'instinct de mort.
Une fois encore le chemin de la mort doit nous conduire plus profond dans la vie, comme le chemin de la vie doit nous conduire plus profond dans la mort.
 
V.7 L’Esquive de la mort
 
A cette époque, son frère décède d’un cancer de l’estomac : alors que « pour lui, nous avions tant d'espoir de guérison… » Élabore-t-elle. La peur de mourir précocement ressurgit. Je partage « n'ayons surtout pas l'illusion que nous ne mourons pas… » en situant la finitude en tant qu'expérience humaine commune. Nous reconnaissons une place à la mort… La mort rode, plane, mais elle doit être en filigrane, c'est-à-dire en arrière plan.
Comment accompagner tous les éléments négatifs, pesants qui l’assaillent en permanence pour tenter de les transformer en énergie positive. La méthode préconisée est de pouvoir rencontrer ses propres peurs pour essayer de les amoindrir afin de surmonter un tant soi peu ce sentiment d’angoisse si suffocant…Ne plus subir tous ces sentiments négatifs oppressants, mais toujours apprendre à communiquer, à cultiver bonté, courage et compassion, changer d’attitude et de regard.
«  Il esquive la mort et c’est ce fait d’esquiver qui est le vrai rapport à la mort », nous dit Lévinas. Si la fuite devant la mort est nécessaire au maintien de l’existence, il s’agit de tenir en respect la mort, en la normalisant, voire la banaliser en l’apprivoisant, c'est-à-dire composer avec elle. C’est ce que je tente de proposer aux patients dans ma pratique clinique, une petite place à la mort…C’est tout un apprentissage que d’habiter l’inconfort et l’incertitude…C’est héberger dans ma psyché ces états mentaux archaïques, les élaborer ensemble pour les transformer en pensées supportables.
 Comment aider Juliette dans ce jeu de l’esquive, alors qu’elle est assaillie de toute part : dans son corps et son esprit par cette angoisse de mort.
 
 
V_8. Coué - Pensées et images : Agir sur le subconscient
 
Les images introduisent dans l’esprit une idée de peine ou de joie. Leur pouvoir est réel.  Nous travaillons au niveau du subconscient, qui est intemporel, il ne perçoit pas la différence entre l'image mentale et son désir, si bien que le désir est d’emblé réalisé.
Le malade se sent impuissant condamné à subir la maladie. Il tend à prendre le statut de victime et attend une solution extérieure. C’est une façon de penser, mais ce n’est pas la seule…Je tente de l’impliquer sans culpabilisation mais en assumant une participation active. Nous mettons en place des scènes de visualisation mentale pour aider le corps à participer à ce processus thérapeutique. Juliette est une jeune femme élégante, maquillée,  coiffée, parée de bijoux en or. Ses parures me donnent l’idée d’une fiction à base de poudre d’or, que je lui soumets.
 
 
V9. La poudre d’or
 
Juliette démarre une chimiothérapie orale, elle réalisera en simultanée des séances de relaxation – visualisation : Respirer tranquillement, se détendre et visionner une poudre d’or qui se répand dans son corps, action de la chimio orale, et vient nettoyer le foie. Cette poudre dorée a une action purifiante, elle pénètre à l’intérieur des cellules cancéreuses pour les détruire et agit comme les rayons d’un soleil dont l’énergie fait exploser les quatre nodules du foie.
Juliette suit ce protocole, la motivation qui accompagne cette attitude aide à puiser dans ses ressources les plus profondes pour lutter contre le découragement et l’affaiblissement. Nous concluons souvent nos séances sur cette pensée de la patiente, qui attend mon assentiment dans mon sourire : « une chance, une seule suffit…je ne la laisserai pas passer… »
 
V 10 Recourir à l’imaginaire pour faire place à un réel enfin symbolisable
 
Les manifestations de l’Angoisse aux frontières du psychique et du somatique
Apaiser : chercher un sens acceptable pour le patient
 
•         Le chemin vers un « mieux-être »
•         Un approfondissement des « dimensions supérieure
 
 
V11  J’espère que cette invitation au voyage en terre bretonne, vous permettra de  partager ce souffle de la rencontre avec tout ce quelle a d’indicible et de magique où l’espace n’est pas roi, fut-ce celui du lit, mais où le temps impose son rythme, qui ne se mesure pas, mais s’écoute telle une partition.  G.Durkheim nous décrit 4 lieux de ressourcement et d’ouverture à la transcendance : la nature, l’art , la rencontre et la prière. La réalisation de soi peut alors passer par la découverte intérieure d’un au-delà de soi, d’une source qui nourrit l’esprit : l’au-delà est au dedans…
 
Spiritualité fondée sur les survivances populaires d’un christianisme mêlant les légendes bretonnes, le paganisme celtique et l’animisme.
 
Voici l’histoire de Michèle . 56 ans, qui souffre d’une tumeur cérébrale, opérée et traitée par  chimiothérapie. La patiente est hémiplégique et a l’espoir de guérir et de remarcher un jour. Michèle rejette les discours médicaux qui veulent lui asséner une certaine vérité. Elle recherche du réconfort dans des livres, des témoignages de malades qui ont survécu au cancer…Le plus souvent, son psychisme est porté par cette vision optimiste, toutefois l’épreuve du temps est difficile car malgré la kiné, les progrès sont rares, les imageries montrent la persistance de la tumeur… les doutes s’insinuent, il est temps de trouver d’autres ressources.
 
V12. Culte megalithique et pierre protectrice
 
Son énergie vitale est centrée sur son espoir de Remarcher, alors je lui demande où elle irait en premier, si elle le pouvait ?  ‘’Sur la grève, marcher dans la mer et je grimperai sur le rocher à l’entrée de la plage…j’allais toujours toucher ce rocher dès que j’arrivais, il est beau, fort, puissant…là, je l’escaladerai et debout sur ce roc je lèverai les bras au ciel en V, signe de victoire et je respirerai profondément…D’ailleurs, mon fils sait que je l’aime tellement qu’il me l’a pris en photo’’.
Alors, nous convenons de travailler sur cette scène, Michèle effleure de la main l’image du rocher et visualise son ascension en retrouvant toutes les énergies naturelles, y compris les odeurs si stimulantes de l’air iodé marin, la caresse du vent sur son visage mêlé à la douceur des embruns et les rayons du soleil qui frappent sa poitrine. La respiration est profonde, lente, le corps se détend, l’esprit est calme, la relaxation est totale, nous sommes BIEN.
 
L’idée fondamentale de la spiritualité celtique est que l’énergie et la sensibilité sont à la source de la vie. La sagesse celtique nous prône l’harmonie dans l’agir pour répondre à ce besoin primordial de participer au cosmos entier, d’être en équilibre en toutes choses. Le corps et l’esprit doivent être sous un même joug( iugon en celtique ; le yoga des hindous), unis pour tendre à un même effort : le Celte refuse de favoriser l’esprit en brimant le corps et repousse toute domination du corps aux dépens de l’esprit.
 
Après ce ressourcement par visualisation mentale nous obtenons : l’harmonie avec la nature, source primordiale de sapience, qui produit l’harmonie du corps et de l’esprit pour être en harmonie avec soi-même.
 
Dès le Vème millénaire avant Jésus-Christ s'installe en Bretagne le témoignage de ce culte Mégalithique, c'est-à-dire celui de la pierre levée, des tables de pierres et des cercles de pierre. Et comme nous le voyons, d’autres usages, qui dérivent vraisemblablement des croyances relatives aux pierres protectrices, subsistent encore..
 
 
V 13 Cette eau qui coule
 
 Nous poursuivons notre échange spirituel à travers le christianisme. Après un temps de révolte contre la religion catholique, Michèle tente de se réconcilier. Elle dit penser souvent à Lourdes : ‘’ Cette eau qui coule tout le temps…Tout ce monde qui y va…Il doit bien y avoir quelque chose quand même…’’
Nous terminons notre séance, Michèle est apaisée et me dit : ‘’Aujourd’hui, j’ai passé une bonne journée et c’est un peu grâce à vous…’’, je l’en remercie et elle poursuit : ‘’Oui, vos paroles sont un peu comme l’eau de la source de lourdes, j’y crois parce qu’elles font du BIEN… ‘’.
 
Mythes, contes et légendes de Bretagne support à la psychothérapie : Un pouvoir thérapeutique sur les maladies de l’âme
Participe à l’équilibre psychologique en tant que processus de résolution des conflits dans : « l'inconscient collectif »
 
 
V14 danse de l’inconscient
 
 Force du lien thérapeutique, lien transférentiel : le psychologue dans son attitude d’attention flottante laisse émerger toutes les mouvances internes et externes, jusqu’à ce que qu’il ressente quelque chose d’étrange, étranger mais pourtant déjà connu…le psychologue accompagne le patient dans cette danse de l’inconscient parce qu’il connaît déjà la musique, il reconnaît la partition et accepte de se laisser surprendre et mouvoir par la composition singulière suscitée par cette rencontre. La danse spécifique à chacun surgit quand les langages tant physiques que psychiques se rencontrent.
Essence de la relation vivante soignante : Aimer ( spiritualité) et Aller ( accompagner) est ma participation au présent de l’autre, ce don de présence qui fait intimement le lien avec la vie. 
Alors, il n’y a pas de recettes, mais une foi en la capacité de chacun de vivre ses épreuves et de les accompagner. Compassion et amour inconditionnel sont les clés de cette relation humaine. Etablir un contact d’âme à âme qui va générer l’onde de la transformation.
 
 
V15 l’épouvantail, le jardinier et l’oiseau
 
Voici Jean, patient désorienté et confus pour un ultime échange avec son épouse. Depuis deux mois, je rends visite chaque semaine à Jean. Par cette journée d’hiver, je rentre emmitouflée dans mon manteau en fausse fourrure de style «hippie» avec mon écharpe « boa ». Jean  assis dans son fauteuil devant un feu de cheminée m’accueille par ses mots : « Ho, on dirait un épouvantail ! »
 
Je saisis cette métaphore et je lui réponds « Ha oui, mais, si je suis un épouvantail, alors vous vous êtes quoi ? » (Je prends la position bras et jambes écartés).
Il réfléchit et répond « Un oiseau ».
 
Nous commençons notre jeu de rôles. Ginette, l’épouse est gênée et tente de mettre fin à cette scène. Alors je demande au patient d’attribuer un rôle à son épouse, elle devient le jardinier. Nous rions beaucoup, l’oiseau virevolte autour du jardinier, puis le patient-oiseau ne cesse de m’attaquer, moi, l’épouvantail-psy. Jean pince mon bras tendu, mais je ne bouge pas, car je représente ce réel. Je suis l’épouvantail, mais aussi le metteur en scène, donc je parle, je décris ce qui se joue :  « Je suis le tiers séparateur, qui vient dire que le petit oiseau ne pourra plus jouir des fruits du travail du jardinier…Je symbolise la future séparation et la perte de ce jardin d’Eden, ce paradis perdu … » Mais, l’oiseau est libre et avant de partir vers d’autres cieux, il attaque et dit sa colère, mais aussi son chagrin et sa nostalgie : des années de bonheur pour cet homme-oiseau auprès d’une épouse-jardinier qui a si bien su entretenir et fleurir le jardin de leur vie. Ginette est très appliquée dans son rôle, elle sème, arrose, désherbe, bine, sarcle avant de récolter les légumes…Ginette m’aide à verbaliser, sûrement que je manque de vocabulaire, alors qu’elle est une experte en jardinage. Ceci m’indique son implication dans le jeu.  Pendant la saynète, Jean est resté muet, mais très actif, il volait, et malicieux riait de ses attaques successives envers l’épouvantail, alors qu’il effleurait doucement le jardinier. Au bout de plusieurs minutes, Ginette s’éclipse dans la cuisine préparer la soupe aux légumes du jardin.  Jean reste seul avec moi, des larmes coulent et il me remercie, me serre la main. Il peut dire en paroles ses angoisses, sa difficulté à vivre ce temps du mourir, alors que depuis plusieurs semaines sa pensée était confuse. 
 
Cette fiction est un pont jeté sur l’abîme qui sépare le réel du souhaitable, le conte mène ses héros vers une conclusion heureuse, en dépit de tous les obstacles, mort comprise. La scène entre Jean et Ginette se termine sur un « ils furent heureux…», auquel on croit. Et, une fois de plus, il a permis de sécuriser les liens d’attachement. Exprimer ses sentiments d’amour, n’est pas une chose aisée au sein des couples bretons, cette saynète avec Jean  a  rempli cette fonction.
 
La fiction, à partir de la technique du psychodrame et du conte s’apparente au jeu du « faire-semblant » de l’enfant. Le jeu intellectuel est puissant puisqu’il s’agit d’exprimer son monde intime dans une relation intersubjective, Jean en jouant de ses émotions tisse le lien dont il a besoin. Mais, pour que la fiction soit efficace, thérapeutique, il faut que l’autre, ici l’épouse de jean et moi–même, répondions à ce « faire-semblant » par une réaction authentique car l’épouse, elle, éprouve un sentiment pour de bon. La blessure affective est le thème central de ces fictions compensatrices.
 
Le vol des oiseaux invite au style métaphorique : symboles des relations entre le ciel et la terre. L’oiseau est souvent pris comme symbole de l’immortalité de l’âme et l’envol de l’oiseau comme image de l’envol de l’âme.
 
V 16 Le conte et le psychodrame. MORENO
« C’est dans ses manifestations les plus spontanées qu’un être se révèle le plus en profondeur »
 
Dans ce positionnement au-delà de celui, « classique », de psychologue, je m’engage surtout en tant qu’être humain en relation avec un autre être humain, puisque c’est cette conscience qui manque si cruellement à ce moment là. Un être humain qui s’offre comme protecteur pour oser l’évolution : je suis à la fois,  contenant, réceptacle, transformateur émotionnel et aussi catalyseur de pensée.
 
V 17 Les Contes : ŒUVRES DE SAGESSE
Répondent au besoin psychique humain :   ‘’ quête de sens ‘’
•         « …les contes ne sont pas faits pour endormir les enfants, mais pour éveiller les hommes à la conscience d’eux-mêmes »    E. Brasey & J.P. Debailleul
La voie du conte c’est le retour à l’enchantement par la nature : Passer par le merveilleux pour sortir de l’identification aux problèmes personnels et aux traumatismes est une voie unitive et libératrice des peurs.
Le conte – le rêve : Une fiction tissée d’éléments :
•         Conscients et inconscients
•         De désirs et de peurs
•         De réminiscence et de préoccupations quotidiennes
•         De facteurs ignorés ou mal connus
 
V18 HUGO
-          La maladie a commencé il y a 3 ans, Hugo a été soigné pendant un an à l’hôpital Necker, s’en est suivi une période de rémission, pendant laquelle il a retrouvé sa famille, sa maison en Bretagne et repris l’école au village…
-           Dégradation neurologique progressive, gros risques convulsifs et pronostic vital engagé à court terme
-           Hémiparésie droite, troubles visuels, cachexie
-          Demande des Parents au psychologue : Hugo sait que sa maladie est revenue et est très grave, mais comment parler de la mort avec lui ?
 
V 19 1ere rencontre avec HUGO: «  J’en ai marre d’être malade!! »
-          Hugo est confronté à différentes pertes (de certaines capacités physiques, fatigue...) avec un sentiment d’injustice : Hugo s’exprime plus sur le versant dépressif (peine, tristesse, lassitude…) que la colère.
 
-          Ambivalence, espoir «  la maladie est déjà partie une fois, alors elle va repartir, mais quand ?? » Défense contre les éléments dépressifs, lutte contre l’angoisse. Est-ce la préoccupation du temps du traitement ou de ce qui reste à vivre qu’interroge Hugo ?
-          Vraisemblablement, l’enfant sait qu’il peut mourir, mais il se préserve une marge de doute et de croyance en la guérison, sinon comment pourrait-il continuer à exister ?
 
 
 
 
 
V20 Soutien aux parents
Les parents se sentent incompétents, impuissants, mais aussi coupables dans leurs difficultés à comprendre leurs pensées, émotions tout comme celles de leur enfant.
Et ils sont surtout paralysés par la peur de ce qui les attend…
La thérapie vise à les rassurer en les aidant à comprendre ce que vit leur enfant et aussi à dialoguer avec lui sans être centré sur «  la peur de mourir », de réussir à garder leur place de parents…
J’explique que l’enjeu pour leur enfant est de garder le contact avec le monde et en même temps il peut éprouver le besoin de se réfugier en lui-même, cette recherche d’intériorité qui est aussi à respecter. Hugo distend ses relations sans rejeter leur présence au contraire…
 
Résumé de l’entretien : à ce jour Hugo demande que l’on soutienne l’espoir de vivre et même de guérison…Aborder la question de la mort serait prématurée. Aujourd’hui pour lui il s’agit toujours d’élaborer la récidive. Pour l’accompagner nous allons à son rythme.
Mais quand il serra prêt et aura besoin d’en parler, les parents demandent conseil car ils se sentent démunis
 
Des représentations de la mort acceptable : je leur demande de chercher soit dans la religion, ou les mythes, contes et légendes, une représentation, un symbole, une image de la mort. Quand les mots manquent, on peut chercher le symbolique à travers une image…
 
-           Le père : L’étoile
Elle est source de lumière, et elle a toujours guidé l’homme.
La lumière est symbole de conscience et de connaissance. Elle éclaire et nous montre les choses sous leur aspect véritable. La lumière est positive. Elle s'oppose aux ténèbres, à l'ombre et nous donne un chemin d’espoir. Hugo continuera de briller.
Positif : Conscience élevée, destinée, capacité d'émerveillement
-           La mère : L’ange
L'imaginaire humain est riche en représentations angéliques : Ange gardien, ange messager. L'ange est le messager du ciel, le révélateur d'une nature spirituelle. Il guide les hommes, protègent physiquement ceux auxquels il s'attache.
Deuils familiaux : grand-père côté maternel, que Hugo n’a pas connu. Je demande à la mère de me parler de ses souvenirs de son père.
 
 
V 21 : 2ème rencontre à domicile : la colère de Martin
 
 
1 er JEU DU FAIRE SEMBLANT : la colère de Martin
 
-          Martin est bougon, marmonne, si bien que je lui transmets que je le sens en colère, il me répond que « OUI ».  Je cherche à savoir le pourquoi de sa colère, martin m’explique qu’il en a marre de voir tout ce monde chez lui…je lui propose un jeu, où il pourra exprimer son ras le bol. Martin change d’attitude, il se redresse et se dit partant pour le jeu :
 
 
Je mets en scène ce défilé de soignants, nous commençons un jeu du faire semblant où les personnes sonnent, je sors dans le couloir et c’est Martin qui les reçoit… Martin s’investit : c’est lui qui décide quel personnage je joue. Même s’il reçoit avec colère infirmière, docteur, psychologue…Il laisse tout ce petit monde rentrer et prendre soin de son grand frère malade…Le jeu a pas mal agité Martin et les soins autour d’Hugo se poursuivent, je propose un temps de dessin pour calmer un peu ses affects. Hugo dessine des ronds en forme de gribouillis, puis sur une deuxième feuille Martin dessine un bonhomme avec une voiture pour aller se promener. Besoin d’évasion, manque de sortie familiale…
La séance avec Martin met en lumière son vécu : Sentiment d’exclusion, d’abandon face à la longue hospitalisation à Paris, qui a monopolisé les parents
-jalousie avec culpabilité
 
…Les soins infirmiers sont finis et Hugo m’interpelle. Je me dirige vers lui, mais Martin s’agite, il ne veut pas partager, pour une fois que quelqu’un s’intéressait à lui…
 si bien qu’après quelques échanges avec Hugo, il me fustige d’un : PAN , T’ES MORT !
 
 
V22 : 2 eme JEU DU FAIRE SEMBLANT : « PAN, T’ES MORT ! »
 
Je saisis cette brèche et m’envole vers «  Le Monde des Morts ».  Immédiatement Hugo réplique : « Dis que tu n’as pas la trouille, Toi, pour ne passer ne serait-ce qu’une seule journée toute seule dans un cimetière ! » J’explique que le cimetière c’est un lieu de recueillement pour les vivants, mais les morts eux, ils sont dans le royaume des cieux. Je demande à Hugo, s’il veut qu’on y aille faire un tour dans le monde des morts, surpris il accepte.  
V23 Les galaxies du monde des morts
Je  demande donc à son frère de le tuer aussi pour qu’il aille avec moi dans le « Monde des Morts ». Martin s’exécute, Je donne la main à Hugo, nous fermons les yeux, respirons profondément et imaginons un monde de galaxies : je m’appuie sur l’univers des jeux vidéo qu’aiment particulièrement Hugo pour proposer cette transposition : je décris la trame de la fiction : les morts ne sont pas au cimetière, ils vont où ils veulent et ils ont plusieurs galaxies à leur disposition, et c’est Hugo qui choisit, Hugo a du mal à démarrer, c’est normal, donc je l’aide et comme il est encore préoccupé par des aspects corporels, je dis la première galaxie est intermédiaire car on ne se sépare pas facilement des ressentis du corps, donc pour toi on fait escale sur la galaxie « Crottes de nez » et dès que tu te sens prêt, c’est-à-dire tranquille avec ton corps, hop on décolle et on va où tu veux, Hugo m’embarque sur la galaxie «  Astérix » en souvenir des moments heureux passés au parc Astérix avec sa famille, il me décrit plusieurs attractions du parc, puis Hugo se fatigue, alors je lui dis de choisir une galaxie où il va pouvoir se reposer et nous partons pour la galaxie «  Plage et cocotier » et là nous décrivons une scène paradisiaque : lagon, grenadine, hamac, musique, soleil… » Petite séance de relaxation détente. Hugo voyage tranquillement tout en me tenant la main et gardant les yeux fermés.
 
V24 : Fin du jeu : La séparation :
transfert et contre - transfert

•      Interpellation de Martin : retour dans le monde des vivants
•      Hugo veut que je reste manger, m’offrir sa Bd de Tintin : je refuse , alors me demande de revenir car il aime bien « faire des blagues avec moi… »
•      Inclusion de la mère qui a assisté à la séance, orientation des échanges autour du grand-père décédé…
 
 
V 25 Aborder la cause du problème sans vivre le traumatisme
•         Dédramatisation par le merveilleux : sublimation
•         Accès à l’imaginaire : fantaisie
« La psychothérapie s’effectue là où deux aires de jeux se chevauchent, celle du patient et celle du thérapeute. » D.W. Winnicott
 
Pour que le soin ne se transforme pas en une anesthésie psychique, il faut comprendre la maladie en tant qu’incitation au changement. Il n’y a pas de modèle, mais une capacité de créativité dans chaque être et non d’imitation
Il y a dans toute pathologie une composante importante : celle de la ‘’poussée’’ de l’être.
Cette quête de sens se construit à partir d’intimes convictions et d’intimes expériences. La mise en présence de deux intimités, celle du patient et celle du psychologue amène la surprise d’une possible fécondité. Etre en communication est plus fort que d’être à côté, pour participer au présent de l’autre, il faut y être, c’est une rencontre de cœur à cœur, d’âme à âme…Porter  un intérêt assez grand à autrui , pour qu’il tente d’échapper au gouffre de l’absurde. Dénuement pour recevoir l’autre et admiration pour percevoir ce qu’il y a de beau et noble dans cette vie. Le malade attend un peu de lumière pour éclairer l’ombre de son chemin et des mots  justes pour nommer ce qui se vit.
 
Entre Angoisse et Désir j’utilise La métaphore :Trouver un langage à la mesure de ce qui est ou de ce qu’il y a, du réel, telle est ma tâche : un passeur de paroles…
 
V 26 Images force : le réel est cruel, l’imaginaire est merveilleux
 
V 27 création : Le silence psychologique – Le pas de côté
«  La création n’est pas simplement de l’imagination, mais c’est briser le carcan étriqué, où, nous sommes enfermés.  »
-       Se défaire de son savoir pour  «  Tenir la barre de la création  »
 
V 28 : Liberté et espace de la psyché
Etre : extrêmement sensitif et extraordinairement actif
 
V 29 : Une fonction plus large que celle de psychologue clinicien
-       Interprétante
-       Résonnante 
-       « Imaginarisante »
Garder le désir et le plaisir de jouer avec les patients même et surtout si le jeu s’avance vers le drame »
 
V 30 La créativité – Les fictions
Un pouvoir thérapeutique et Un pouvoir de conviction