Lecteur : Bernard


Après les balises, le compas s’est calé sur le tout dernier cap. Aboiements émis par la tour de contrôle, mots avalés dans une langue étrangère. Assiette mal rétablie, vibrations violentes dans la carlingue, toute la carcasse frémit et tremble la structure, palonnier en rideau, train qui cogne en sortant de guingois, la piste est là si proche et la vitesse si excessive. Aérofreins hurlants sous la morsure du vent, c’est bien le vol de trop, en dépit de qui se dit dans les écouteurs, l’appareil est trop vieux, les rivets ne tiennent rien, s’arrachent par poignées, l’attache fine des ailes sur le point de se briser, tout ne tient plus qu’à rien, le pilote qui y croit, sûr qu’il va se poser, certain de surmonter. Quand le tarmac surgit s’engouffrent des mouettes dans le vieux réacteur, ça charpie et s’enflamme, équilibre rompu et la machine s’écrase, et il est clair alors pour la tour de contrôle que le vol n’ira pas jusqu’à phase terminale.
 
Bernard Beuvelot